Les femmes et la bicyclette

L’histoire du vélo commence bien en 1817 mais c’est à partir de 1890 qu’il suscite un véritable engouement et contribue à l’émancipation de la femme.

Le féminisme et la parité n’existent pas encore et les femmes vont devoir quitter leurs robes à crinoline pour adopter les culottes de zouave, les corsages bouffants et les souliers à brides.

 

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Cette mode, jugée immorale par certains, va transformer le regard posé sur les femmes. Ce phénomène, parti d’Amérique va gagner l’Europe. De nombreuses polémiques voient le jour ; les hommes de l’époque, voyant d’un mauvais œil l’évolution du statut social des femmes.
 
Au milieu du 19ème siècle la mode vestimentaire châtie le corps de la femme occidentale. L’élégance exige une taille de guêpe, des corsets étouffants, de longues jupes et de multiples jupons empêtrant les jambes et enfin d’être coiffée de lourds chapeaux.

Les femmes ainsi vêtues se tiennent loin des vélocipèdes et grand-bis de l’époque qui nécessitent des prouesses athlétiques et d’équilibre, dont elles laissent l’apanage aux jeunes hommes hardis.

Pourtant dès 1871 existe un grand-bi pour dame, muni d’une chaste selle et des courses féminines sont organisées à Paris en 1875.

Pour autant l’opinion publique maintient que pédaler n’est pas féminin, on craint même que ce soit dommageable pour la santé de la femme, pour sa morale et sa réputation.

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Des constructeurs vont alors proposer des modèles pour les dames : bicycles et tricycles, plus stables où pédaler peut se faire malgré les jupes. Evidemment, les jupes et jupons se coincent parfois dans la mécanique, provoquant des scènes disgracieuses.

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L’adoption du pantalon féminin, créé en 1851 par Libby Miller et connu en Amérique sous le nom de « bloomers » (du nom de la suffragette Amélia Bloomers qui prêchait contre les jupes encombrantes), parfois complété d’une longue veste, permettra dès 1868 en France que des femmes enfourchent des vélocipèdes.

Enfin débarrassées du tissu inutile qui les encombre elles ont fait valoir leur droit à un code vestimentaire qui ne contraigne plus leurs mouvements, mais les critiques fusent et c’est seulement en 1909 que le port du pantalon cessera d’être un délit.

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« Comment consentir à nous habiller d’une façon bizarre, à revêtir de petites robes de danseuses de cordes ou de pantalons de garçon » s’interrogent les lectrices de la bicyclette en 1892.

 

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L’invention de la bicyclette de sécurité en 1879 change la situation, mais il faut attendre que la bicyclette s’allège, se simplifie, se pare d’un peu d’émail, s’accessoirise de protège-chaine et de pare-jupes mais surtout adopte vraiment le pneumatique pour que la pratique du vélo se démocratise. La barre transversale supérieure disparaît au profit d’un cadre bas pour dames.
Les jupes raccourcissent, les multiples jupons disparaissent, remplacés par une culotte « knickers ».

 

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Les premiers clubs féminins permettent enfin aux femmes de mettre un pied hors du foyer. Toutefois la femme en vélo devient un tel symbole de liberté que des oppositions s’élèvent encore, mais les femmes ont pris gout à cette liberté, encouragées par les magazines cyclistes, malgré les persiflages.

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Les femmes pensent alors que le vélo est à la mode et que la mode appelant la mode, le costume est le héros secondaire de leur message. La bicyclette devient donc l’occasion d’alléger la tenue. L’excuse de la liberté de mouvement est trop manifeste pour ne pas être saisie. Partout la liberté s’affiche en pantalon, en jupe-culotte ou en jupette volante.

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Si les premières cyclistes ont été l’objet de vives critiques, les affiches des marques de vélos ont largement véhiculé l’image d’une femme moderne et autonome, reflétant et faisant la promotion de nouvelles attitudes sociales : rejet des habitudes et de la censure religieuse ou de bienséance et faisant la promotion pour le sport naissant. Pierre Giffart, dans le petit journal affirme : « la petite reine c’est mieux qu’un instrument de sport : c’est un bienfait social ».

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Avec l’essor de la bicyclette, on est en droit de se demander si c’est la bicyclette qui a libéré la femme ou la femme qui a libéré la bicyclette. Avec le droit de pédaler les femmes ont gagné le droit à la mobilité, le droit d’aller où elles veulent, quand elles le veulent.  

« La bicyclette a émancipé les femmes plus que n’importe quoi d’autre au monde » écrivait la féministe Susan B. Anthony « elle leur a donné un sentiment de liberté et d’autonomie ».

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